Aqaba les pins

Nous prenons donc nos clics et nos clacs et direction Aqaba à bord d’un bus Jett (pour Jordan Tourist Tour), confort et trajet direct pour seulement 2 dinars de plus et moins de complications qu’avec un mini bus.

Dans l’attente du départ nous rencontrons Wocky , un jordanien qui part s’isoler quelques jours sur les plages d’Aqaba avant de se marier – se doit être l’équivalent de notre enterrement de vie de jeune garçon. Il connait bien la France et sa culture de 1980, nous chante Rémi sans famille, il est fan de Patrick Bruel et de France Gall, c’est un personnage plutôt original, chanteur, reporter- traducteur de profession.

En option imposée dans le bus, la projection d’une (vielle) superproduction jordanienne type péplum sur les croisés de l’époque Kerak. Amusant de voir la vision des croisades et de l’occident coté arabe – en même temps Renaud de Châtillon… Le film est assez violent et les chrétiens européens passent pour des alcooliques défroqués et barbares qui tombent toujours dans les pièges débiles des preux et éclairés sarrasins – aucun rebondissement, ils se font systématiquement avoir et ça se termine toujours par une boucherie inouïe.

On peut se sentir mal à l’aise devant autant de clichés mais après tout, c’est de bonne guerre quand on voit comment le monde arabe est souvent traité dans les films occidentaux.

Nous arrivons le soir à Aqaba après un contrôle frontière interminable – nous sommes proche de la frontière israélienne et saoudienne. Nous nous dirigeons vers l’hôtel choisi dans le bus, nous avons su esquiver les assauts taxi-tesques et réussis notre négociation pour une nuit d’hôtel !

Nous sortons ensuite et là nous nous disons que nous avons franchement bien fait de quitter Amman ! Il fait franchement doux, il y a de l’animation, les rues sont propres et les gens nous dévisagent moins – ils sont plus préoccupés à se pavaner en fait car ici c’est un peu la côte d’azur.

Le lendemain nous réalisons que l’hôtel n’est pas une si bonne affaire que ça, il y a bien transport gratuit jusqu’au club de plongée de l’hôtel mais il faut ensuite payer l’entrée – qui était comprise encore la veille avec la chambre.

Nous n’aurons donc pas de baignade à Aqaba car Juliette a oublié sa bikini-burka.

Un peu déçus, nous errons dans la ville et là nous rencontrons Wocky ! Et la journée prend alors un tournant inattendu. Il veut absolument nous montrer un endroit de rêve, en fait, c’est même son rêve : talabay.

Il stoppe le premier bus qui passe et négocie avec le chauffeur qui prendra son propre véhicule pour nous amener à Talabay et venir nous chercher, à quelques kilomètres de la frontière saoudienne et à une douzaine d’Aqaba. Les talents d’orateur de Wocky et surtout le fait qu’il ne soit pas touriste nous aurons beaucoup aidé !

Wocky nous expliquera que les taxis doivent payer 20 JOD par jour avant de pouvoir tirer bénéfice de leur courses, ce qui explique qu’ils sont parfois tendus, parfois cools et dans tous les cas le français est perçu comme un jackpot et rend la négoce plus difficile.

Bref nous arrivons à l’El Dorado promis par Wocky : Talabay. Mais qu’est-ce donc ? Et bien c’est en fait un village portuaire et balnéaire, préfabriqué et formaté pour milliardaires (saoudiens en tête). Wocky baratinera une fois de plus avec élégance la sécurité qui nous laissera entrer- il semble qu’il se soit fait passer pour un accompagnateur de riches français…

Si nous trouvons que cela manque un peu d’authenticité et ressemble au port de Nice, Wocky est comme un dingue car c’est la première fois qu’il voit des yachts et l’aspect rutilant du village le transporte totalement.

Pendant que Wocky mythone la moitié du village pour essayer de se faire offrir une chambre pour ses noces sans doute, nous en profitons pour nous tremper dans la mer rouge – et qu’il est frustrant de ne pouvoir s’y baigner !

La sécurité commençant à lorgner sur les allers retours de Wocky nous nous échappons et retournons sur Aqaba.

Avant de nous emmener assister au coucher du soleil, Wocky veut nous montrer qu’il sait jouer du piano et chanter. Il nous emmène avec lui dans un palace (tant qu’à faire) où il sait qu’il y aura un piano. L’air de rien nous passons les 3 portiques de sécurité, Wocky embobine la pianiste pour qu’elle lui laisse sa place puis se met à jouer et à chanter… Nous restons là, à écouter Wocky, sous le charme de la beauté du cadre et de la chanson de Wocky, mais surtout à se demander ce qu’on fait là, amusés d’avoir bravés ces petits interdits et par le rythme de la journée.

Malheureusement, nous perdrons contact avec Wocky dans la soirée. Mais pas le temps de se lamenter, nous partons pour le désert du Wadi Rum le lendemain, après avoir improvisée une réservation dans la journée avec un guide bédouin, ce qui prend en général plusieurs semaines…