Quatre jours dans le désert

Premier jour

Nous partons donc en direction de la gare routière d’Aqaba, le visitor center nous ayant annoncé un bus pour 13h, seulement, nous sommes vendredi, aucun bus ne partira pour le désert.

A la gare, les taxis vont à la pêche aux touristes perdus, et nous assistons à une véritable vente aux enchères pour monter dans un taxi. Nous arrivons donc à négocier un prix très intéressant et sommes enfin en route pour le Wadi Rum, dernier obstacle, un des chauffeurs furieux barre la route à notre taxi, frustré de ne pas avoir eu la course !

Une fois à bord, oublié les griefs de la négociation, les chauffeurs sont toujours excessivement gentils, offrent café, fallafels, jus de fruits et cigarettes !

Nous arrivons dans le Wadi, et longeons pendant quelques kilomètres le seul chemin de fer de Jordanie qui transporte du phosphate et célèbre car il fût dynamité par Lawrence d’Arabie.

Nous sommes reçus par Saleem et Foarez, son neveu à l’agence Jordan Tracks, tenue par des Bédouins, et là la légende parle pour eux, ils sont sombres, fiers, élégants et un brin trop classe (birkenstock, rayban et cheveux gominés)

Notre tour commence demain matin mais nous avons négocié une extra night dans le camp.

Nous partons, accompagné de Foarez qui sera notre guide pendant 2 jours et qui nous conduit à bord de son 4X4 au camp. Nous nous enfonçons donc dans le wadi, le paysage déjà désertique devient de plus en plus rouge et sableux. Sur la route nous croisons une voiture en panne (il se trouve que le conducteur est le cuisinier du camp), Foarez s’arrête et avec un couteau de cuisine répare le 4X4 !

Le camp est désert, nous sommes seuls au monde et visitons les environs : le calme et la sérénité du wadi rouge feu à l’approche du coucher de soleil (et oui il est bientôt 4h), le camp est très mignon, des tentes en bois et tissus, décorées style bédouin et une grande tente commune pour les repas.

Nous nous promenons pour nous imprégner de l’atmosphère si envoutante du désert, la chaleur, le silence et le moindre signe de vie semble miraculeux. L’espace semble si vide et si plein … on se sent juste bien !

Après le coucher de soleil un 4X4 arrive, 3 français, Olivier et ses parents Annick et Gérard avec qui nous passerons tout notre séjour au camp, Lisa et Alan, des anglo-néo-zélandais qui découvre le coin en chameaux et qui nous donnerons avec gentillesse une précieuse feuille remplie d’informations pour la Nouvelle Zélande.

Il est 6 h du soir, on partage un repas typique préparé par le chef (délicieux) tout en écoutant Saleem jouer du luth. Il n’y a pas d’électricité alors à 20h tout le monde au lit, d’autant que les journées commencent tôt et sont bien remplies !

Les nuits, à l’inverse des jours, sont très fraîches mais si belles! La lumière lunaire qui éclaire le wadi donne au désert un aspect enneigé et aucune lumière artificielle ne vient perturber l’observation des étoiles …

Deuxième jour

Petit déjeuner à 7h pétante, dehors alors que le soleil arrive sur le camp, nous enlevons au fur et à mesure les multiples couches de vêtements indispensables durant la nuit et insupportables dès les premiers rayons de soleil.

Nous partons chacun avec nos guides respectifs, nous avons de la chance car normalement les groupes se composent de 6 personnes, nous ne sommes que deux et avons le guide pour nous tous seuls !

Foarez, nous a rebaptisé hamd et warda (fleur…) !

Nous découvrons pour la première journée les endroits particuliers au Wadi Rum, des canyons avec des inscriptions nabatéennes, des arcs ou ponts naturels, l’endroit où le film Lawrence d’Arabie fut tourné ainsi que des endroits où il s’est réellement installé : la maison et le puits. Nous traversons un canyon et découvrons la végétation de ce désert : de la sauge, quelques fleurs, une sorte d’aloé et une plante que les bédouins utilisent comme shampooing (adjiram). Nous escaladons des dunes de sable rouge que nous dévalons en courant. Après un piquenique et une sieste à l’ombre, nous continuons l’avancé, et c’est moi qui conduit le 4X4, avec succès à vrai dire, notre guide voulait un peu se moquer de moi, il n’en aura pas eu l’occasion ! L’année prochaine à moi le Paris-Dakar !

En fin d’après-midi, nous récupérons Lisa et Alan et partons voir le coucher de soleil, comme le dira justement Lisa, « everything starts with tea ! » et en effet, un bédouin ne commence aucune activité, négociation etc sans prendre un thé !
Nous avons été ravis de partager ce coucher de soleil avec Lisa et Alan, d’autant que c’est leur dernière soirée au camp.

Ce soir là avec Olivier le français, nous veillons avec les bédouins près du feu jusqu’à whou 9h30 !

Troisieme jour :

Aujourd’hui nous partons en randonnée, le matin, nous escaladons le Djebel Kash, sur le chemin on se rend compte que le Wadi Rum est assez jeune comme désert, au fur et à mesure de la montée on reconnait et imagine très bien que ici se trouvait une rivière et là une cascade, la montagne en friche conserve encore les traces et les rides d’une nature moins hostile.

Une fois arrivé en haut, Foarez sort de son sac à dos une théière et prépare du thé ! La vue est exceptionnelle, en contrebas, le sable fissuré d’un petit cours d’eau à sec, est rempli l’hiver. Au loin la plus haute montagne du wadi et la frontière avec l’Arabie Saoudite.

Nous redescendons et Foarez nous prépare un plat au milieu de nulle part, il a oublié son briquet alors pour allumer notre feu, trafique son 4X4, fait un court-circuit et enflamme un chiffon qu’il jette sur les brindilles !

Cet après-midi nous traverserons seuls une partie du désert, personne à l’horizon…

C’est notre dernière nuit au camp et ce soir c’est beaucoup moins calme, huit américains ont débarqué … c’est aussi sympa de voir la tente remplie et le camp plus vivant même si on s’était habitué à être peu nombreux, on se sent un peu sauvage !

Quatrieme jour :

Dernière journée dans le désert, on découvre cette fois le wadi à dos de chameau avec un nouveau guide Mohamed et Olivier Gérard et Annick qui font la ballade avec nous. Mon chameau s’appelle danhan et c’est un bébé, il est plus petit que les autres et fait ce qu’il veut !! C’est drôle et agréable, le rythme de vie dans le désert ressemble étrangement à la cadence lente d’une ballade en chameau ! On regarde, on se laisse porter …

Notre séjour dans le désert touche à sa fin, c’est de loin pour l’instant ce que nous avons préféré en Jordanie. Il y a quelque chose d’inexplicable et d’insaisissable avec ce que l’on ressent dans le désert, mais on comprend facilement la fascination des hommes qui vivent là pour cette terre et l’emprise que cela peut avoir sur quiconque s’aventure ici.

Nous rejoignons Saleem dans le village de Rum, après un énième thé, il nous propose un ami à lui, taxi, qui a conduit des personnes ce matin et n’a toujours pas trouvé quelqu’un pour repartir, il doit aller sur Petra ! Une aubaine, il nous conduira donc jusque Petra pour une somme dérisoire !