2 jours et 1 nuit dans un village Palaung

Nous partons vers 8h00 avec Yann et notre guide, Mr Bean, pour un trek de deux jours dans la jungle aux alentours.
Bon, le chemin n’a pas grand-chose d’une jungle sauvage mais le trajet est joli et assez éprouvant : une montée d’environ 7h00 sans aucune descente ni plat !

Sur le chemin nous traversons différents villages Shan, des cultures de thé, de tournesols, du soja, des bananiers, des papayers … Notre guide est un local qui connait très bien la flore environnante, pour notre grand plaisir.

Mr Bean n’a jamais quitté Hsi-Paw, sa ville natale. C’est le cas de nombreux birmans, les transports sont très chers et de toute façon ils n’ont pas ce que l’on appelle des « vacances ».

Le jeune homme qui travaille à la Guest House nous a dit gagner 2 $ par jour et n’avoir aucun jour de congés. Pour la plupart, leur rêve est d’aller en Thaïlande, c’est d’ailleurs un des seuls endroits où ils peuvent aller avec Singapour. Alors quand on demande à Mr Bean ce qu’il fait de son temps libre, il nous répond, sur un ton amusé, qu’il regarde la Télé. C’est d’ailleurs ici un des seuls « luxes » que l’on voit partout, installée dehors et allumée en permanence, alternant entre Karaoké, feuilletons à l’eau de rose, reportages sur la Birmanie et slogans gouvernementaux.

Mr Bean mâche à longueur de journée une pâte rouge que l’on appelle Bétel. Le premier effet visible est sur les dents rougies et usées par la chaux, utilisée pour fabriquer cette pâte. Apparemment, elle a un effet coupe faim et énergisant. On nous a plusieurs fois proposé d’essayer mais quand on voit le ravage que cela fait sur les dents des birmans – genre pub anti-tabac, on préfère rester ignorant sur ce sujet. Le gouvernement a d’ailleurs tenté d’interdire la noix, plus en raison des crachats rouge sang qui salissent la voie que pour raison de santé, mais sans succès – c’est dire. En Birmanie, il est très rare de rencontrer un homme ou une femme n’ayant pas les dents abîmées par le Bétel.
Nous arrivons dans le village Palaung légèrement isolé qui nous donnent une impression bizarre. On a le sentiment d’être dans un village témoin. Nous ne sommes pas spécialement bien reçu, nous sommes accueillis par le chef du village qui semble plutôt indifférent à notre présence.
Nous décidons d’aller nous promener, les villageois semblent également indifférents à notre présence et nous rendent à peine nos sourires – ce qui est étrange pour des Birmans.
Il est vrai qu’on a le sentiment d’être à un safari photo où les touristes doivent les mitrailler…

Nous sommes un peu mal à l’aise, mais les enfants seront par contre tous incroyablement chaleureux et riants. Nous resterons un moment plaisanter et jouer avec eux.

Nous retournons dans notre famille d’accueil et nous faisons la connaissance du fils, Yemen, beaucoup plus accueillant, il nous invite à boire un thé chez lui, en fait ce sera du Lao Lao, alcool local de riz. Ils nous expliquent à voix baisse qu’il est un peu tendu, l’armée rebelle Shan est dans le village et nous comprenons alors que le malaise de tout à l’heure vient de là ! L’armée Rebelle Shan les terrorisent tout autant que le gouvernement, il nous dit de dire s’ils nous posent des questions de toujours répondre : « we agree with the shan army ».

De plus, la veille un groupe de touriste a soigné une villageoise sur le point de s’asphyxier à cause de nombreuse piqures d’abeilles. Hors, Yemen nous expliquera que les médicaments auraient dû être gardés pour l’armée…
Un homme rentrera en nous tendant la main comme pour la serrer, nous nous exécutons en craignant de faire un faux pas mais tout se passe bien !

Nous aurons le plaisir lors de cette expédition de manger matin, midi et soir, le même plat réchauffé de riz froid et vieux de trois jours accompagné de bouillie de branches. Nous dormirons sur des nattes dans l’étable alors que nos hôtes dorment dans la pièce principale près du feu et même ici, nous auront le privilège d’entendre le karaoké villageois jusqu’au bout de la nuit !

Nous quittons le village un peu déçu par l’échange et l’impression de faire partie d’un lot de touristes les prenant pour des femmes à barbe mais content quand même d’avoir rencontré ce jeune homme atypique et curieux ainsi que les enfants. Pour ce qui est du reste, nous n’avons vu que ce qu’ils ont bien voulu nous montrer, c’est-à-dire ce que l’on a bien voulu voir peut être !

La route est longue et fatigante, il fait chaud mais nous voulons voir Bambou Buddha, le monastère et le petit café qui fait des jus de fruits frais.
Mr Bean propose de nous guider jusque-là, mais j’aurais la rage de me voir interdire l’accès au bambou Buddha en tant que femme et le plaisir après 10 jours de riz et de nouilles au chili, de boire un jus de citron au miel et de manger une assiette de fruit frais !